Podcast WinOrWin #4 : après le 17 octobre, comment aider les commerçants de la Presqu'île de Lyon ?

Podcasts - 25/10/2026

Podcast WinOrWin, épisode 4. François Timour, fondateur de WinOrWin, réseau de clubs d'affaires (club business) pour entrepreneurs, avec plus de 130 clubs et plus de 1 400 membres en France, né à Lyon, reçoit Johanna Benedetti, présidente de My Presqu'île, la structure de management de centre-ville de Lyon, et créatrice de la marque de prêt-à-porter Les Poupées, installée au bas des pentes de la Croix-Rousse. Quelques jours après les pillages du 17 octobre 2026, elle raconte la journée, le bilan pour les commerçants de la Presqu'île, les aides annoncées, la question de la sécurité et la cagnotte solidaire lancée pour les aider.

💛 Soutenir les commerçants de la Presqu'île : cagnotte solidaire My Presqu'île.

Johanna Benedetti : « Il est bien que les entrepreneurs rencontrent aussi les commerçants »

Qui est Johanna Benedetti ?

Johanna Benedetti a créé en 2009 la marque de prêt-à-porter Les Poupées, avec sa boutique et son atelier au bas des pentes de la Croix-Rousse. En 2013, face à une rue peu entretenue et marquée par l'insécurité, elle crée la première association de commerçants du 1er arrondissement de Lyon. Vice-présidente de My Presqu'île pendant deux ans, elle en est la présidente depuis 2024.

Qu'est-ce que My Presqu'île ?

My Presqu'île est la structure de management de centre-ville de la Presqu'île de Lyon : une association partenariale public-privé, avec une mission d'intérêt général inscrite dans ses statuts. Son conseil d'administration réunit la Ville, la Métropole, la CCI, la CMA, les présidents des associations de commerçants des quartiers et des partenaires privés. Elle anime le territoire, par exemple avec le Lyon Braderie Festival, organisé du 9 au 11 octobre 2026, juste avant les pillages.

Comment une rue commerçante peut-elle se transformer ?

Sur 15 ans, sa rue de la Croix-Rousse, alors classée en zone urbaine sensible, est devenue piétonne et végétalisée. Le secret, selon elle : regarder sur le temps long, travailler avec les techniciens de la Ville et de la Métropole, et être « extrêmement patient, parfois pugnace, parfois malin ». « Il faut aimer être sur le terrain, aimer les gens, aimer accompagner les commerçants, aimer sa ville. »

Que s'est-il passé le 17 octobre 2026 à Lyon ?

Pour Johanna Benedetti, il faut distinguer le droit de manifester et les revendications étudiantes de ce qui s'est passé ce week-end-là : une journée de « chaos », où des publics aux buts très différents ont convergé vers la Presqu'île, et où des casseurs se sont mêlés aux manifestants pour piller et saccager le centre-ville. Faute d'informations officielles, plusieurs commerçants ont sillonné eux-mêmes la Presqu'île pour mesurer l'ampleur de la situation.

Combien de commerçants de la Presqu'île ont été touchés ?

Selon le comptage réalisé par My Presqu'île dès le lendemain matin, plus de 200 commerces ont été réellement impactés, et plus d'une centaine ont été entièrement pillés et saccagés, sans possibilité de rouvrir immédiatement. Les délais de réouverture vont d'une semaine à deux mois. Les commerçants indépendants sont les plus fragiles : contrairement aux grandes enseignes, ils n'ont pas de stock ailleurs, leur réserve a souvent été pillée, et ils n'ont plus la trésorerie pour repasser commande.

Quelles aides pour les commerçants pillés ?

La CCI et la CMA ont mis en place une cellule d'accompagnement avec un dispositif d'aide, financé par des fonds de la Métropole. Mais « tout le monde fait des annonces » et les commerçants ne savent pas toujours à quoi ils ont droit. My Presqu'île a donc mobilisé son partenaire Groupama pour accompagner les déclarations de sinistre, la priorité pour ne rien oublier, et des avocats assurent des permanences pour les commerçants qui en ont le plus besoin.

Pourquoi la trésorerie des commerçants inquiète avant Noël ?

Après les crises successives (gilets jaunes, Covid, manifestations sur les retraites), les commerçants n'ont pas de réserves pour tenir des mois sans activité. Depuis le 17 octobre, « les tiroirs-caisses sont à zéro », alors que l'Urssaf, les salaires et la TVA continuent de tomber. Et Noël, la période la plus importante de l'année, arrive dans quelques semaines.

Les commerçants doivent-ils se défendre eux-mêmes ?

Non. Le jour des pillages, Johanna Benedetti a envoyé un message clair : baisser les rideaux, fermer, partir avec la caisse, les ordinateurs et les clés USB, et rentrer chez soi. Certains indépendants, qui y ont mis toutes leurs économies, parlent de s'armer. Elle comprend leur peur, mais insiste : « On n'est pas là pour prouver qu'on est des héros. On ne met pas sa vie en danger. » Reçue à la préfecture avec les représentants de la sécurité, elle a réaffirmé la nécessité de ramener le calme sur la Presqu'île.

Comment aider les commerçants de la Presqu'île de Lyon ?

Le plus simple est de donner à la cagnotte solidaire de My Presqu'île, sur Leetchi, dont le lien figure aussi sur le compte Instagram de My Presqu'île. Tous les montants sont les bienvenus. Au moment de l'enregistrement, elle atteignait environ 10 000 €, « un point de départ ». Johanna Benedetti appelle à la vigilance face à la multiplication des cagnottes : mieux vaut donner à une structure identifiée. Et bien sûr, revenir faire ses achats dans les boutiques de la Presqu'île dès leur réouverture.

Comment WinOrWin s'engage pour les commerçants ?

Lyonnais, avec ses bureaux en plein centre de Lyon, WinOrWin a fait un don à la cagnotte solidaire de My Presqu'île, et François Timour la relaie auprès de tout le réseau WinOrWin. « Il est bien que les entrepreneurs rencontrent aussi les commerçants. Qu'on soit solo-entrepreneur ou à la tête d'une petite entreprise, on se doit aussi de s'entraider. » Johanna Benedetti appelle les entreprises et les réseaux d'entrepreneurs à se mobiliser pour « leurs camarades entrepreneurs ».

Questions fréquentes

Qui est Johanna Benedetti ?

Johanna Benedetti est la présidente de My Presqu'île, la structure de management de centre-ville de Lyon, depuis 2024. Commerçante, elle a créé en 2009 la marque de prêt-à-porter Les Poupées, installée au bas des pentes de la Croix-Rousse, et s'engage dans les associations de commerçants depuis 2013.

Combien de commerces ont été touchés par les pillages du 17 octobre 2026 à Lyon ?

Selon My Presqu'île, plus de 200 commerces de la Presqu'île ont été impactés, dont plus d'une centaine entièrement pillés et saccagés, qui ne pouvaient pas rouvrir immédiatement.

Comment aider les commerçants de la Presqu'île de Lyon ?

En donnant à la cagnotte solidaire de My Presqu'île sur Leetchi, en partageant le lien autour de soi, et en revenant faire ses achats dans les commerces du centre-ville dès leur réouverture.

Qui anime le podcast WinOrWin ?

Le podcast est animé par François Timour, fondateur de WinOrWin, réseau de clubs d'affaires pour entrepreneurs. Il reçoit des entrepreneurs du réseau et des acteurs du territoire. Retrouvez aussi l'épisode 1 avec Christophe Lopez, l'épisode 2 avec Léo&Go et l'épisode 3 avec Stéphane Brunet.

Qu'est-ce que WinOrWin ?

WinOrWin est un réseau d'affaires indépendant et français de plus de 130 clubs et plus de 1 400 membres en France, né à Lyon. Ses clubs réunissent des entrepreneurs, artisans, commerçants et professions libérales qui échangent des recommandations d'affaires et s'entraident. Pour découvrir un club, on peut assister à une matinale en tant qu'invité.

Commerçant ou entrepreneur à Lyon, vous ne voulez plus rester seul face aux crises ? Découvrez le club WinOrWin le plus proche de chez vous et venez assister à une réunion en tant qu'invité.

Transcription de l'épisode

Transcription légèrement éditée pour la lecture (hésitations et répétitions retirées). Enregistrée quelques jours après le 17 octobre 2026, avant la mobilisation annoncée pour le samedi 24 octobre.

Qui est Johanna Benedetti ? (00:00)

François Timour : Bonjour à tous. Aujourd'hui, je reçois Johanna Benedetti. Bonjour.

Johanna Benedetti : Bonjour.

François : C'est un podcast un peu particulier. Habituellement, au « Cœur des winners », on reçoit nos membres. Mais avec l'actualité, j'avais vraiment à cœur d'inviter Johanna Benedetti, qui va se présenter.

Johanna : Merci. Je suis la présidente de My Presqu'île, la structure de management de centre-ville, depuis 2024. Auparavant, j'ai été vice-présidente pendant deux ans, et je suis investie dans le milieu associatif depuis 2013.

François : Avant de parler de tout ça, vous êtes aussi commerçante à Lyon. Depuis combien de temps, et quelle est votre boutique ?

Comment est née sa boutique à la Croix-Rousse ? (00:57)

Johanna : J'ai créé en 2009 une marque de prêt-à-porter qui s'appelle Les Poupées. On est installé au bas des pentes de la Croix-Rousse, depuis plus de 16 ans maintenant. C'est un quartier que j'adore. J'avais la boutique et un petit atelier, qui se sont agrandis au fil des années. Quand je me suis installée, je me suis rendu compte qu'il y avait un vrai enjeu autour de l'accueil : c'était une rue pas très bien entretenue, avec pas mal de problèmes d'insécurité. En 2013, je me suis dit qu'on n'allait pas continuer comme ça, que je voulais améliorer le cadre d'accueil de ma clientèle. J'ai créé la première association de commerçants du 1er arrondissement, à l'époque sous l'impulsion de David Kimelfeld et de Gérard Collomb. C'est ce qui m'a lancée dans le monde associatif et la représentation des acteurs économiques.

François : Vous avez senti une évolution sur ces 16 ans ?

Johanna : Oui, et c'est très encourageant. Par moments, on peut se décourager quand on est présidente d'association, surtout dans un quartier où ce n'est pas évident. Si on regarde uniquement ce qu'on a réussi à mettre en œuvre dans l'année, il y a beaucoup de frustration. Mais sur quinze ans, on voit un vrai changement. Quand on s'est installé, vers 2009-2010, il y avait peu de commerces. Le quartier était classé en zone urbaine sensible, avec des chargés de mission de la Ville et de la Métropole. Notre objectif, c'était d'amener le quartier à s'en sortir. J'ai commencé à travailler avec les collectivités et à mettre en place des plans de stratégie. On a porté les premiers projets de piétonnisation, des projets pédagogiques pour sensibiliser riverains et commerçants à l'apaisement de la rue, et des projets de végétalisation. On était assez innovants, et ça a pris des années, mais aujourd'hui notre rue est piétonne et végétalisée.

François : C'est génial.

Johanna : Ça a pris du temps, mais c'est hyper satisfaisant de se dire qu'on y est arrivé en étant extrêmement patient, parfois pugnace, parfois malin, parfois en tapant un peu plus du poing sur la table. Il faut aimer être sur le terrain, aimer les gens, aimer accompagner les commerçants, aimer sa ville. Au-delà de mon métier d'entrepreneur, j'ai trouvé quelque chose qui me nourrit intérieurement.

François : C'est bien d'avoir des gens comme vous.

Comment les commerçants ont traversé les crises ? (05:09)

François : Vous avez traversé plusieurs crises. Je ne vais pas encore parler de celle-ci, mais il y a eu le Covid…

Johanna : Et même avant le Covid, il y a eu les gilets jaunes, puis les énormes manifestations sur les retraites. Il faut savoir que la Presqu'île, c'est le centre-ville, un territoire symbolique, où l'on accueille énormément de rassemblements et de manifestations, parfois constructifs et enthousiasmants, parfois malheureusement destructeurs. Les commerçants ont traversé une succession de crises, et c'est là que notre rôle d'interface entre le terrain et les collectivités devient essentiel, pour accompagner des publics fragilisés. Certains commerçants ont des difficultés financières, parfois de santé, qui s'ajoutent au contexte économique. Nous sommes aussi là pour être l'épaule sur laquelle les gens peuvent se reposer. On ne peut pas sauver tout le monde, mais parfois, on peut dire : on va te filer un coup de main et construire quelque chose pour t'accompagner.

Que s'est-il passé le 17 octobre à Lyon ? (07:24)

François : Votre rôle, c'est d'encourager tout ça et d'améliorer cette très jolie ville. Mais on ne s'attend pas à une telle succession de problèmes, jusqu'à ce samedi 17 octobre, incroyable et catastrophique. Pourquoi en est-on arrivé là ? Les étudiants ont des revendications, ça se justifie, mais arriver à casser comme ça…

Johanna : Je sais qu'à chaud, tout le monde a envie de mettre sur le même plan les revendications des étudiants, qui ont démarré bien en amont et qui étaient au départ localisées aux abords des établissements, et ce 17 octobre, qui était affiché comme une convergence des luttes. Il faut bien distinguer la possibilité de manifester, qui est un droit, le fait d'avoir des revendications, et ce qui s'est passé ce week-end dans notre centre-ville. J'ai tendance à penser qu'il y a eu un appel massif à créer un moment de déstabilisation le 17 octobre. D'où il vient, je n'en sais rien. Mais on s'est retrouvé dans une forme de chaos, avec trois publics complètement différents qui ont convergé vers la Presqu'île pour des buts différents, et chacun s'est servi de la présence de l'autre pour commettre des exactions, notamment les casseurs qui se sont introduits dans les mouvements de manifestants pour piller et saccager le centre-ville.

François : On a vu très peu de présence policière sur le moment. Est-ce qu'il y a eu un manque d'information ?

Johanna : La journée du 17 octobre, c'était le chaos à tous les niveaux, y compris l'information. Faute d'informations, plusieurs commerçants, dont moi, ont pris la décision de sillonner la Presqu'île. C'est là qu'on s'est rendu compte de l'ampleur de ce qui se passait. Je n'ai pas vu de forces de l'ordre. Elles étaient probablement très occupées sur des points stratégiques, et probablement dépassées par l'ampleur de la situation.

Combien de commerçants ont été touchés ? (11:09)

François : J'ai vu en bas de la rue de jeunes commerçantes qui avaient mis toute leur énergie dans leur boutique et qui se demandent aujourd'hui si elles vont arrêter. Avez-vous un bilan ?

Johanna : Je suis arrivée sur la Presqu'île dès 7 heures le lendemain matin, et nous nous sommes réparti le comptage sur plusieurs jours. Aujourd'hui, on est au-delà de 200 commerces impactés, et quand je dis impacté, ce n'est pas un petit éclat : c'est vraiment impacté. Et plus d'une centaine de commerces ont été entièrement pillés et saccagés, avec l'impossibilité de rouvrir immédiatement. Certaines enseignes nous parlent de délais de deux mois, d'autres d'une semaine ou de dix jours, les vitrines prenant plus de temps. Les commerçants indépendants n'ont pas le même niveau de réouverture que les grandes enseignes, parce qu'ils n'ont pas les mêmes stocks. Une enseigne peut faire venir le stock d'un autre point de vente, du siège ou d'internet. Un indépendant dont la réserve a été pillée n'a plus de stock, et n'a souvent plus la trésorerie pour repasser commande.

Quelles aides pour les commerçants ? (13:10)

François : Vous avez un accompagnement juridique dans votre association ?

Johanna : En tant que structure de management de centre-ville, nous sommes une structure partenariale public-privé. Parmi nos partenaires institutionnels, il y a la Ville, la Métropole, la CCI et la CMA. La CCI et la CMA, via des fonds débloqués par la Métropole, ont mis en place une cellule d'accompagnement avec un dispositif d'aide. Pour l'instant, je vous avoue que tout le monde fait des annonces, mais on ne sait pas encore où on va. Les commerçants se demandent : est-ce que j'y ai droit ? Vaut-il mieux prendre cette aide-là ou celle-ci ? Nous avons donc mobilisé notre partenaire Groupama sur l'accompagnement à la déclaration de sinistre, parce que c'est la priorité : il ne faut rien oublier, et les commerçants sont déjà très fatigués et angoissés. Des avocats se sont aussi mobilisés sur des permanences. Nous essayons de faire le relais entre les ressources à notre disposition et les problèmes des commerçants.

Pourquoi la trésorerie inquiète avant Noël ? (15:16)

François : Une nouvelle mobilisation est annoncée pour ce samedi 24. Si ça déborde comme samedi dernier, c'est la mort des commerçants ?

Johanna : On va espérer que non. Ça me tient particulièrement à cœur, en tant que commerçante et parce que mes amis sont commerçants. Sinistrés ou non, tout le monde vit en apnée, en attendant de savoir ce qui va se passer ce week-end. Il y a un réel enjeu d'image et pour les semaines qui arrivent : Noël, c'est demain. Avec les crises successives, les commerçants n'ont pas des trésoreries qui leur permettent de tenir des mois sans activité. Depuis samedi, les tiroirs-caisses sont à zéro. Il n'y a plus de rentrées d'argent, mais les charges continuent. Quand on n'arrive plus à payer l'Urssaf, les salaires, la TVA du mois dernier, c'est la pente glissante pour tous les entrepreneurs. L'enjeu est pour tout le territoire, et pour l'attractivité de la ville. On espère que cet épisode sera le seul et l'unique.

Quels renforts de sécurité pour la Presqu'île ? (16:38)

François : Avez-vous eu des informations sur les renforts policiers ? On a même entendu parler de l'armée sur certains points stratégiques.

Johanna : Ce matin, j'étais à la préfecture. Nous avons été reçus par le préfet et l'ensemble des représentants de la sécurité. Il faut bien prendre en compte les prérogatives de chacun : la Métropole n'a aucune prérogative sur la sécurité, la Ville n'a que la police municipale. Les maires de Paris, Marseille et Lyon ont fait appel au gouvernement pour demander des effectifs supplémentaires, ce qui est totalement légitime. Le préfet nous a assuré qu'il y aurait un déploiement de plusieurs moyens. Il est normal que le détail du dispositif ne nous soit pas communiqué. Pour ma part, j'ai réaffirmé la nécessité de ramener le calme sur la Presqu'île ce week-end.

Faut-il que les commerçants s'arment ? (18:22)

François : On a entendu certains commerçants dire qu'ils voulaient s'armer eux-mêmes. On peut comprendre la peur, mais ça peut être un danger. Vous leur dites quoi ?

Johanna : Surtout, ne faites pas ça. Samedi, je n'ai pas arrêté d'envoyer des messages très clairs : vous baissez les rideaux, vous fermez vos magasins, vous partez avec vos caisses, vos ordinateurs, vos clés USB, et vous rentrez chez vous. On ne met pas sa vie en danger. La grande majorité nous écoute, heureusement, notamment les responsables et salariés de magasins. L'enjeu concerne plutôt les commerçants indépendants qui ont mis toutes leurs économies, et dont certains disent : « Je vais me défendre moi-même. » C'est très inquiétant, et on peut le comprendre, mais on n'est pas là pour prouver qu'on est des héros.

François : Une personne très proche de moi travaille dans une grande enseigne. Une voisine a filmé : ils sont restés deux heures. Comment ont-ils pu vider un magasin en deux heures sans que personne n'intervienne ? Il y a une faille.

Johanna : Tout le monde l'a constaté, sinon le centre-ville n'aurait pas été pillé comme ça. Maintenant, il faut rattraper ces erreurs et mettre un terme de façon extrêmement claire au pillage et au saccage des commerces, parce qu'il y a toujours un risque de dérapage.

Comment rétablir la sécurité ? (21:17)

Johanna : C'est pour ça qu'il est important de rétablir l'état de droit. Ça ne veut pas dire qu'il faut interdire de manifester, mais il faut rétablir la sûreté, la sécurité des personnes, la possibilité d'aller et venir en toute sécurité. On me demande : « Est-ce que tu seras sur la Presqu'île samedi ? » Bien sûr que j'y serai. Je n'ai pas vocation à être une héroïne ni à m'interposer, et si je sens que ma sécurité n'est pas assurée, je m'éloignerai. Mais il est normal pour moi d'être là avec les commerçants. Et on peut aussi trouver anormal de ne pas pouvoir être tranquille un samedi après-midi sur la Presqu'île.

Comment fonctionne la cagnotte solidaire ? (22:31)

François : J'ai vu que vous aviez mis en place une cagnotte, c'est d'ailleurs comme ça que je me suis permis de vous contacter. Je suis lyonnais, mes bureaux sont en plein centre de Lyon, j'adore ma ville, j'adore la France et les valeurs de la République, et je me suis dit qu'il fallait vous aider. La cagnotte est aujourd'hui à environ 10 000 €. Pour moi, c'est très loin de ce qu'on devrait faire.

Johanna : Nous trouvons déjà que c'est un bel élan de solidarité. Il y a eu une multiplication de cagnottes, et j'en profite pour dire qu'il faut être extrêmement vigilant à qui l'on donne de l'argent. Nous sommes une structure sérieuse : notre conseil d'administration réunit les institutions que j'ai évoquées, tous les présidents d'associations de commerçants des quartiers, et des partenaires privés, notamment immobiliers. Nous avons une mission d'intérêt général inscrite dans nos statuts, ce qui nous permet de mobiliser à la fois des fonds publics et des fonds privés. Les habitants nous connaissent : juste avant le 17 octobre, les 9, 10 et 11 octobre, nous organisions le Lyon Braderie Festival sur toute la Presqu'île, avec des animations sur les places, une braderie et une boum place d'Albon. Nous recevions beaucoup de demandes d'habitants qui voulaient aider, alors ma directrice a proposé de mettre en place cette cagnotte, beaucoup plus simple à gérer que des chèques. 10 000 €, c'est un point de départ. Nous espérons que des entreprises et d'autres réseaux d'entrepreneurs seront sensibles à la situation de leurs camarades entrepreneurs, comme tous les amoureux de la Presqu'île.

François : Où trouve-t-on la cagnotte ?

Johanna : Le lien est directement sur notre page Instagram, My Presqu'île. C'est une cagnotte Leetchi, et on peut mettre le montant de son choix. Tous les dons sont les bienvenus. Nous avons reçu des témoignages très touchants d'habitants qui nous disent : « Je ne peux pas mettre plus ce mois-ci, mais j'ai vu que c'était sur 30 jours, je remettrai un peu le mois prochain. » Cette solidarité, même de personnes qui n'ont pas les moyens des entreprises, nous a beaucoup touchés, et les commerçants aussi.

Comment WinOrWin va soutenir les commerçants ? (26:51)

François : Avec mon réseau WinOrWin, nous allons bien évidemment faire un don, parce que j'ai été très touché par ce qui se passe. On ne doit pas laisser faire. Je vais communiquer auprès de tout le réseau WinOrWin pour vous aider et vous soutenir, parce qu'il est bien que les entrepreneurs rencontrent aussi les commerçants. Ce sont deux mondes, mais qu'on soit solo-entrepreneur ou à la tête d'une petite entreprise, on se doit aussi de s'entraider.

Le mot de la fin (27:37)

Johanna : Je suis totalement d'accord, et je vous remercie de m'avoir reçue et de nous avoir offert cette opportunité. Je fais tout ça pour les rencontres, pour les commerçants eux-mêmes, pour créer du lien et de la solidarité. C'est quelque chose qui nourrit. J'appelle tous les entrepreneurs qui le souhaitent à nous soutenir.

François : Merci Johanna Benedetti, et au plaisir, en espérant qu'on se revoie dans de meilleures conditions.

Johanna : Tout à fait. Merci beaucoup.