Podcast WinOrWin #3 : Stéphane Brunet, de l'ingénieur au repreneur d'entreprises, ses doutes et ses rebonds

Podcasts - 20/10/2026

Podcast WinOrWin, épisode 3. François Timour, fondateur de WinOrWin, réseau de clubs d'affaires (club business) pour entrepreneurs, avec plus de 130 clubs et plus de 1 400 membres en France, né à Lyon, reçoit Stéphane Brunet, ingénieur lyonnais devenu repreneur d'entreprises industrielles. Après une carrière dans de grands groupes en France et aux États-Unis, il a repris et développé deux PME, dont VapéRail, spécialiste de l'infrastructure ferroviaire, qu'il a fait passer de 6 à plus de 20 millions d'euros de chiffre d'affaires. Invité du podcast « Le cœur des winners », il raconte son parcours, ses difficultés, ses doutes et ses réussites.

Stéphane Brunet : « La seule façon d'apprendre à nager, c'est d'aller dans l'eau »

Quels étaient les rêves d'enfant de Stéphane Brunet ?

Lyonnais d'origine, Stéphane Brunet voulait faire « quelque chose d'extraordinaire, au sens littéral du terme ». Il a tenté de devenir pilote de chasse dans l'armée de l'air, recalé pour une question d'oreille interne. Passionné d'automobile, d'aviation et de construction, il a compris plus tard que tout cela s'appelait l'ingénierie.

Que lui a appris le football à l'OL ?

Adolescent, il a joué au football à l'Olympique Lyonnais. Il y a découvert qu'en faisant « l'extra mile », l'effort de plus, on pouvait sortir du lot. La différence entre la Ligue 1 et la Ligue des champions se joue au détail : pour lui, ce détail est devenu un niveau d'exigence très élevé, appliqué d'abord à lui-même, puis aux autres.

Comment un jeune ingénieur se retrouve-t-il à monter une usine aux États-Unis ?

Après une prépa intégrée et cinq ans d'école d'ingénieur à Lille, il entre dans l'automobile chez Plastic Omnium, à Oyonnax. À 27 ans, il est choisi parmi environ 250 candidats pour démarrer une usine aux États-Unis : il fallait parler anglais, avoir un profil senior… et parler allemand, car le développement se faisait en Allemagne. Il ne parlait qu'un allemand scolaire : il a passé l'été à l'apprendre dans les livres de grammaire. Embauché ensuite par un fournisseur, il en devient directeur commercial, puis patron en un an.

Pourquoi quitter un grand groupe pour devenir entrepreneur ?

Aux États-Unis, il a appris que « tout est vraiment possible » et qu'avec des moyens financiers, on peut aller très vite. Pendant près de huit ans dans un groupe, il a redressé des business units qui perdaient de l'argent : une société de 20 millions d'euros, puis une de 100 millions. Quand on lui a proposé de passer au corporate, il a refusé : « Moi, quand je tourne, ça tourne. » Il est passé de 2 500 personnes à 5.

Comment reprendre une entreprise en LBO ?

Stéphane a ciblé un secteur plutôt qu'une ville : l'efficacité énergétique, qu'il connaissait bien. Il a repris une petite société lyonnaise de la pétrochimie d'environ 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires grâce à un premier LBO (rachat avec effet de levier), avec ses propres moyens. En deux ans, il l'a développée et a presque remboursé la dette. Les fonds d'investissement lui ont alors expliqué qu'un LBO leur demande autant d'efforts sur 1,5 million que sur 50 millions : il a vendu cette première société pour en reprendre une plus grande.

Comment faire passer une PME industrielle de 6 à 24 millions d'euros ?

Sa deuxième reprise, dans les transports, est une entreprise de l'infrastructure ferroviaire qui réalisait environ 6 millions d'euros de chiffre d'affaires. Avec la même volonté de construire, et malgré « quelques accidents de parcours », il l'a portée entre 20 et 24 millions d'euros avant de la céder en 2023, avec un accompagnement jusqu'en 2025.

Comment surmonter les difficultés quand tout arrive en même temps ?

Stéphane distingue les difficultés et les doutes. Les difficultés, « comme disait Chirac, ça vole en escadrille » : en 2008, un divorce, la crise financière, et une première entreprise qui perd 40 % de son chiffre d'affaires six mois après la reprise. Sa réaction de sportif : « Il y a 0-2 à la mi-temps, je vais en mettre 3 en deuxième. » Deux ans plus tard, il revend la société, passée de -40 % à +50 %.

Que faire quand votre principal client arrête votre produit ?

Un 21 avril, l'acheteur de la SNCF, son principal client, l'appelle : la technologie qu'il fournit va être arrêtée, pour des raisons internes. C'était 40 % du chiffre d'affaires. Plutôt que de douter, il fonce : si la SNCF arrête cette technologie, il lui en faut une nouvelle. L'entreprise investit plus d'un million d'euros pour développer un produit de substitution, qui réalisera 8 à 10 fois le chiffre d'affaires de l'ancien. Sa métaphore : une fois au milieu du lac, il faut nager jusqu'à la rive d'en face. « Calimero, dans le business, ça ne marche pas. »

Que faire après la vente de son entreprise ?

Golfeur, Stéphane ne s'imagine pas jouer au golf tous les jours. En 2026, il se lance dans l'événementiel autour du lac de Côme, en Italie, un rêve de longue date, et prépare d'autres projets dans la mobilité. Pour lui, c'est un continuum : « Je ne veux surtout pas que ça s'arrête. »

Comment trouver l'équilibre entre travail, famille et amis ?

Ses trois piliers : l'amour (sa femme, sa famille), la création par le travail, et les amis. « Personne n'est Superman » : on ne peut pas tout avoir au top en même temps. On ne peut pas éviter les cycles de la vie, il faut les gérer, et éviter qu'un curseur occulte les deux autres. Aujourd'hui, il dit avoir « une vie de rêve ».

Questions fréquentes

Qui est Stéphane Brunet ?

Stéphane Brunet est un ingénieur et entrepreneur lyonnais. Après des postes de direction dans l'industrie automobile en France et aux États-Unis, il a repris et développé deux PME industrielles, dont VapéRail, dans l'infrastructure ferroviaire, passée de 6 à plus de 20 millions d'euros de chiffre d'affaires. Il était l'invité de l'épisode 3 du podcast WinOrWin.

Qu'est-ce qu'un LBO ?

Un LBO (leveraged buy-out, ou rachat avec effet de levier) est une reprise d'entreprise financée en grande partie par de la dette, remboursée ensuite grâce aux bénéfices de la société rachetée. C'est le montage qu'a utilisé Stéphane Brunet pour sa première reprise.

Quel conseil donne Stéphane Brunet aux entrepreneurs ?

« La seule façon d'apprendre à nager, c'est d'aller dans l'eau. » Une fois dans l'eau, on se met en mouvement, et la température de l'eau devient un sujet secondaire.

Qui anime le podcast WinOrWin ?

Le podcast est animé par François Timour, fondateur de WinOrWin, réseau de clubs d'affaires pour entrepreneurs. À chaque épisode, il reçoit un entrepreneur du réseau ou un invité qui raconte son parcours. Retrouvez aussi l'épisode 1 avec Christophe Lopez et l'épisode 2 avec Léo&Go.

Qu'est-ce que WinOrWin ?

WinOrWin est un réseau d'affaires indépendant et français de plus de 130 clubs et plus de 1 400 membres en France, né à Lyon. Ses clubs réunissent des entrepreneurs, artisans, commerçants et professions libérales qui échangent des recommandations d'affaires. Pour découvrir un club, on peut assister à une matinale en tant qu'invité, puis adhérer à un club.

Envie de rencontrer des entrepreneurs qui, comme Stéphane, ne lâchent rien ? Découvrez le club WinOrWin le plus proche de chez vous et venez assister à une réunion en tant qu'invité.

Transcription de l'épisode

Transcription légèrement éditée pour la lecture (hésitations et répétitions retirées).

Qui est Stéphane Brunet ? (00:00)

François Timour : Bonjour Stéphane Brunet.

Stéphane Brunet : Bonjour François.

François : Merci d'être dans notre troisième épisode du « Cœur des winners ». Habituellement, nous avons ici des winners qui racontent leur parcours, leurs difficultés, leurs réussites. Cette fois-ci, j'ai voulu inviter un ami, puisqu'on se connaît, pour que tu nous racontes ton parcours, ta vie, comment tu as eu cette belle success story. Mais avant tout, j'aimerais que tu te présentes.

Stéphane : Stéphane Brunet, j'ai 58 ans, je suis marié, j'ai un fils qui a 30 ans. Je suis lyonnais d'origine. J'ai fait mes études d'ingénieur à Lille, et quand j'ai fini, je suis revenu en région lyonnaise. Mon premier job était à Oyonnax. L'expérience d'Oyonnax a d'ailleurs été double, puisque j'ai commencé par là-bas, et ma dernière boîte, on va en parler, était aussi à Oyonnax. L'histoire se répète.

Quels étaient ses rêves d'enfant ? (01:17)

François : On va revenir un peu en arrière. Est-ce que tu peux nous raconter ton parcours quand tu étais petit ? C'était quoi, tes rêves d'enfant ? Certains petits garçons voulaient être cosmonautes, d'autres pompiers.

Stéphane : J'espère que ce n'est pas prétentieux, parce que ce n'est pas du tout la démarche, mais je voulais faire quelque chose d'extraordinaire, au sens littéral du terme : qui sorte de l'ordinaire. À titre d'exemple, j'ai postulé à l'armée de l'air pour être pilote de chasse. J'ai été recalé, pas pour la théorie mais pour la pratique, pour des questions d'oreille interne. Ça n'a pas marché, mais plus largement, j'adorais tout ce qui était automobile, aviation, construction. J'ai appris plus tard que tout ça s'appelait l'ingénierie, d'où la cohérence du parcours.

Que lui a appris le foot à l'OL ? (02:21)

François : Est-ce qu'il y a eu un moment, quand tu étais enfant, où tu as rencontré quelqu'un qui t'a donné une envie ? Une révélation, par une série, une émission, un personnage ?

Stéphane : Pour moi, ça ne s'est pas passé tout à fait comme ça. S'il y a eu un levier, c'est plutôt le foot, parce que j'ai joué à l'OL, et c'était concomitant avec l'adolescence. J'ai vu qu'en faisant l'extra mile, comme on dit, l'effort de plus, on pouvait sortir du lot. L'adolescence, c'est ça : on sort de l'enfance, qui est plutôt cadrée, et on découvre le champ des possibles, qui est immense. Ça a été synchrone avec le fait de me dire : « Je peux jouer au foot dans une grande équipe, rencontrer le Bayern de Munich, faire des trucs extraordinaires. » Ça m'a renforcé dans cette idée.

François : Pour toi, il y a un rapport entre le foot et la vie professionnelle ?

Stéphane : Très clairement : c'est la compétition. Je n'ai jamais joué en Ligue des champions, mais si on reprend la métaphore, c'est le détail. Dans un match de Ligue 1, on peut s'en sortir ; un match de Ligue des champions se joue au détail. Et cette notion de détail s'est convertie, pour moi, en exigence. Une exigence que j'ai appliquée d'abord à moi-même, puis aux autres, non sans difficultés évidemment. C'est un niveau d'exigence très haut que j'ai toujours cherché à atteindre, et qui permet de faire la différence, un peu comme un sportif de haut niveau. Depuis, j'ai rencontré des sportifs de haut niveau : ils ne l'expriment pas du tout comme moi, mais il y a un fil rouge. C'est d'aller au cran d'après, de se l'appliquer en permanence. C'est ça qui, de mon point de vue, fait la différence.

Comment a-t-il décroché son premier job d'ingénieur ? (04:29)

François : Ensuite, tu arrives jeune étudiant. C'est quoi, ton parcours à ce moment-là ?

Stéphane : J'entre dans une école avec prépa intégrée, je fais cinq ans d'école et je deviens ingénieur. Je ne savais pas trop ce que ça voulait dire, mais j'avais en tête de comprendre pour pouvoir créer quelque chose : construire un pont, par exemple. Je n'avais pas d'idée préconçue.

François : Tu avais envie de construire quelque chose.

Stéphane : Voilà. La construction au sens premier du terme, la construction physique, et bien sûr construire au sens de créer.

François : Tu réussis ton diplôme. Quel a été ton premier job ? Comment es-tu entré sur le marché du travail ?

Stéphane : Je me suis débrouillé. Au début, les portes étaient un peu fermées, donc je suis passé par la fenêtre. J'ai décroché le job que je voulais à l'époque : entrer dans l'automobile. Je suis entré chez un sous-traitant automobile, Plastic Omnium. J'ai démarré ma carrière comme jeune ingénieur chez Plastic Omnium, à Oyonnax.

Comment monter une usine aux États-Unis à 27 ans ? (05:43)

François : Et par la suite, quelles ont été les étapes avant que tu deviennes l'entrepreneur que tu as été ?

Stéphane : Pour faire court, je suis allé, pour Plastic Omnium, démarrer une usine aux États-Unis.

François : Tu as une anecdote à nous raconter sur les États-Unis ?

Stéphane : Oui, parce que là-dessus, j'ai été un peu gonflé. C'était un projet aux États-Unis, donc il fallait parler anglais. Quand le PDG de l'entreprise est venu nous présenter cette nouvelle usine, il y avait peut-être 250 candidatures. Il a conclu en disant : « Il faut parler anglais. » Il en restait moins de la moitié. Ensuite : « Il nous faut absolument un profil senior. » On a encore divisé par deux. Sauf que j'avais 27 ans.

François : Le jeune senior !

Stéphane : Voilà. Quand il a dit ça, j'ai bien entendu, mais ce n'était pas ma perspective, donc je n'ai pas bougé. Et à la fin, comme le développement se faisait en Allemagne, il a dit : « Il faudra aussi parler allemand. » Là, il ne restait plus beaucoup de candidats.

François : Et toi, tu parlais allemand à ce moment-là ?

Stéphane : Par décret ! Et c'est comme ça que j'ai été pris. J'ai un peu souffert au début. J'ai été retenu en juin. Le patron est venu me voir et m'a dit : « Vous êtes loin d'être senior, mais l'allemand est un impératif, et comme vous parlez allemand, vous êtes retenu. Vous démarrez en septembre. » Mon niveau, c'était l'allemand scolaire, deuxième langue. Il n'y avait pas internet à l'époque : j'ai acheté tous les livres de grammaire allemande qui traînaient pour apprendre, et la première fois qu'on m'a appelé, je n'ai rien compris. Ça fait partie de la vie. J'étais motivé, donc j'ai appris vite.

François : Je pense que ton profil de compétiteur, le cadre que tu t'étais fixé, t'a permis d'avoir ce culot et de passer ce cap.

Stéphane : Mais ta question, c'était l'anecdote : l'anecdote, c'est que j'ai passé un été où j'ai transpiré en allemand.

Pourquoi tout est possible aux États-Unis ? (08:17)

Stéphane : Ce qui a été formidable, c'est la suite. On a démarré l'usine. Avec le fournisseur de l'époque, ça ne marchait pas, donc on s'est tapé dessus, et ça crée des liens : ils m'ont embauché comme responsable commercial. Six mois après, j'étais directeur commercial, et encore six mois après, le patron de la boîte. J'ai vécu une expérience extraordinaire : c'est aux États-Unis que j'ai appris à bosser. Quand on dit que tout est possible aux États-Unis, tout est vraiment possible. J'ai réussi à développer la boîte très vite, ce qui aurait été impossible dans le contexte français, pour deux raisons : ce n'est pas trop l'état d'esprit français, et j'étais dans un grand groupe dont les griffes étaient très présentes en France. Dans les filiales, c'était différent.

J'ai compris tardivement que je n'étais pas fait pour un groupe. J'ai passé presque huit ans dans un groupe, mais à chaque fois dans des business units qui perdaient de l'argent : j'étais nommé pour redresser. Tant qu'on perd de l'argent, personne dans le groupe ne s'intéresse à vous, personne ne veut rattacher votre unité à la sienne, parce que ça la dégrade. Et le jour où vous êtes profitable, d'un seul coup, beaucoup de gens s'intéressent à vous, avec un cynisme incroyable.

Pourquoi quitter un grand groupe pour entreprendre ? (09:53)

Stéphane : C'est aussi pour ça que je suis passé du groupe à l'entrepreneuriat. Ce qui m'a plu dans le groupe, ce sont les moyens. J'ai découvert aux États-Unis qu'avec des moyens, notamment financiers, on pouvait faire beaucoup de choses. Ça, c'est le côté pile, c'était super. J'ai fait deux expériences comme ça, en redressant et en créant. On m'allouait des moyens et on pouvait faire péter la baraque très vite.

François : Tu reviens en France, et là, tu comprends que tu as envie d'être entrepreneur, de créer.

Stéphane : J'ai développé la boîte aux États-Unis, qui faisait 20 millions d'euros à l'époque. On m'a dit : « Ce que tu as fait sur 20 millions, on a le même problème sur 100 millions. Est-ce que tu pourrais le faire de la même façon ? » Je l'ai fait. À l'issue des 100 millions, on m'a dit : « Maintenant, nous avons des business units à 200 millions, c'est à peu près la même chose, mais il faut que tu passes au corporate. » J'ai répondu : « Attendez, je ne suis pas fait pour le corporate. Le paquebot où l'on appuie sur le bouton et où ça tourne six mois plus tard, ce n'est pas moi. Moi, je suis plutôt Zodiac : quand je tourne, ça tourne. » On m'a dit : « Tu vas voir, on va t'expliquer. » Ils m'ont bien expliqué, j'ai bien compris, et j'ai dit non. Je suis donc passé d'un scénario où j'avais 2 500 personnes à 5 personnes.

L'histoire a fait que je me suis retrouvé à Villeurbanne. Je ne cherchais pas forcément à revenir à Lyon, je cherchais un secteur d'activité. Il se trouve que la boîte que j'ai trouvée était à Lyon, parce que racheter une boîte, ce n'est pas facile. Je suis passé de 2 500 personnes à 5. Nouvelle expérience.

Comment reprendre une entreprise en LBO ? (11:55)

François : Et cette boîte que tu reprends, c'est dans quel domaine ?

Stéphane : Dans la pétrochimie. Je cherchais un secteur d'activité dans l'efficacité énergétique, parce que j'avais beaucoup travaillé là-dessus et que j'avais beaucoup de données. Je pressentais que c'était un secteur en développement, donc je me suis focalisé dessus. J'ai monté mon premier LBO, et ça s'est très bien passé : au bout de deux ans, j'avais développé la boîte et pratiquement remboursé le LBO. Toujours dans l'idée de construire plus gros, je suis allé voir des fonds d'investissement avec un plan de développement. Ils m'ont dit : « C'est bien ce que tu fais. » Mais la boîte était toute petite, parce que j'avais démarré avec mes moyens : elle faisait 1,5 million, ce qui était déjà très bien, mais c'est minuscule à l'échelle des fonds. Ils m'ont expliqué que faire un LBO sur 1,5 million leur prend autant de ressources que sur 50 millions. Donc plutôt sur 50.

Comment passer de 6 à 24 M€ de chiffre d'affaires ? (13:12)

Stéphane : Je ne l'ai pas fait sur 50, parce que là aussi j'étais limité, mais j'ai repris une autre boîte. Je vends la première et je passe à la deuxième, qui à l'époque ne faisait pas 50 mais 5 ou 6 millions, avec des fonds, évidemment.

François : Et dans quel domaine ?

Stéphane : Cette fois, dans l'industrie ferroviaire, parce que dans mes recherches, il y avait deux pistes : l'énergie ou le transport. La première fois, j'ai trouvé dans l'énergie, la deuxième dans le transport. C'est une boîte de l'infrastructure ferroviaire, qui faisait à l'époque 6 millions d'euros de chiffre d'affaires. Pareil, avec la volonté de construire, de créer. Ça a pris plus de temps que je ne le pensais au départ, parce qu'il y a toujours quelques accidents de parcours, mais pour faire court, on est passé de 6 millions à entre 20 et 24 millions d'euros.

Comment surmonter les difficultés et les doutes ? (14:19)

François : Je mets une parenthèse : pendant ce temps, tu as forcément eu des moments difficiles. Est-ce que tu peux nous raconter une ou deux anecdotes où tu as eu des doutes ? On est tous humains. Quand on est entrepreneur, il y a des moments où l'on se sent seul, où l'on doute. Qu'est-ce qui t'a fait passer le cap ? Et quelles ont été ces difficultés ?

Stéphane : Ce sont deux choses différentes, les difficultés et les doutes. Les difficultés, comme disait Chirac, ça vole en escadrille. En termes d'ennuis, 2008 : divorce, crise financière au moment où je reprends la première boîte, et six mois après, je découvre qu'elle a perdu 40 % de son chiffre d'affaires à cause de la crise économique. Tout en même temps. Là, on se dit : la bonne nouvelle, c'est que je n'ai rien à perdre, ça ne peut aller que mieux. Donc je n'ai pas vraiment douté. J'avais une théorie : « Mets-toi un coup de pied aux fesses, ça va avancer. »

François : C'est là où ton côté battant, sportif, était présent.

Stéphane : Je ne me suis pas dit que j'avais perdu la compétition. Je me suis plutôt dit : il y a 0-2 à la mi-temps, je vais en mettre 3 en deuxième. Ça ne s'est pas passé facilement, mais de fait, j'ai gagné le match, puisque j'ai revendu la boîte deux ans après : je suis passé de -40 % à +50 % en deux ans. C'était plutôt encourageant, et ça m'a donné envie de continuer.

Que faire quand votre principal client vous lâche ? (16:04)

Stéphane : La deuxième anecdote, c'est pour ça que je distingue les difficultés et les doutes. J'ai repris la deuxième boîte en 2012. On faisait 6 millions, on passe à 9 millions, tout va bien. Je me rappelle, c'était un 21 avril. Vous vous rappelez, le 21 avril et le deuxième tour de la présidentielle… L'acheteur de la SNCF m'appelle : « Stéphane, nous allons arrêter votre technologie. » Je lui demande s'il y a un problème de qualité, je ne suis au courant de rien. « Non, non, tout va bien. Quant à votre performance, c'est un sujet interne. On arrête. » Là, je me suis dit : mince, je ne suis pas au deuxième tour ! C'était pour des raisons internes, peu importe les détails. Mais la SNCF, en infrastructure ferroviaire en France, vous vous en doutez, c'était mon client principal. Arrêter cette technologie, ça voulait dire -40 % du chiffre d'affaires.

Je me suis dit qu'il ne fallait justement pas douter, mais foncer. Je leur ai dit : « Très bien, mais si vous arrêtez cette technologie, vous avez forcément besoin d'une nouvelle. » Réponse : oui. On a développé une technologie de substitution, et là où l'on faisait 1 de chiffre d'affaires, on a fait entre 8 et 10 avec le produit de substitution.

Il y a eu une période super dure, empreinte de doutes sur la façon de la gérer : on va substituer la technologie, mais avec quoi ? On a dépensé plus d'un million d'euros en développement. Si on m'avait dit au départ : « Tu vas mettre un million d'euros », je ne les aurais pas mis. Sauf que quand on est dans l'eau, il faut aller nager jusqu'à la rive d'en face, parce que sinon, au milieu du lac, on coule. Au milieu du lac, on s'est dit : on va jusqu'au bout. Et ça a été une opportunité formidable. On est arrivé un peu épuisé, mais on a atteint la rive d'en face, et c'était pour le meilleur. J'ai pris de sacrés coups de pelle, mais le truc, ça a été de rebondir plutôt que de se dire « c'est catastrophique ce qui m'arrive ». Je pense que Calimero, dans le business, ça ne marche pas.

Que faire après la vente de son entreprise ? (18:51)

François : Là, on arrive à la première success story.

Stéphane : Je ne l'ai pas vraiment ressenti comme tu le présentes. Pour moi, c'est plutôt le fil rouge de quelque chose que je suis en train de construire, et que je construis toujours. J'ai vendu la deuxième boîte en deux temps : en 2023, avec un accompagnement prévu jusqu'en 2025. Et en 2026, nouvelle opportunité entrepreneuriale : je me lance dans l'événementiel. Encore une fois, pour moi, c'est un continuum. Il y a eu des échéances, mais je ne veux surtout pas que ça s'arrête.

François : Et cette deuxième boîte, tu l'avais achetée 5 ou 6 millions ?

Stéphane : Non, c'est son chiffre d'affaires qui était de 6 millions. Et quand je l'ai revendue, elle faisait entre 20 et 24 millions.

François : Et toujours dans cette continuité, tu as envie de créer d'autres choses.

Stéphane : Je ne peux pas rester sans rien faire. Je suis golfeur, j'aime beaucoup le golf, mais je ne m'imagine pas jouer au golf tous les jours. J'ai plusieurs projets en tête : un dans l'événementiel autour du lac de Côme, parce que j'adore l'Italie et que j'en rêve depuis très longtemps, et d'autres dans la mobilité, sur lesquels j'aurai l'occasion de revenir et que je voudrais déployer.

Quelles sont les vraies valeurs de la vie ? (20:41)

François : Aujourd'hui, quand tu fais le bilan de ta vie, qu'est-ce que tu dirais des vraies valeurs ? Qu'est-ce qui reste vraiment ? Il y a le travail, la compétition, la place de la famille, des amis, le sens de la fête. Certains font des parcours merveilleux mais s'usent à travailler. Qu'est-ce qui t'anime encore aujourd'hui ?

Stéphane : C'est un peu un classique. Il y a le pilier de l'amour, que ce soit sa femme, ses enfants, ses amis. Et le travail, que je conçois au sens de la création : créer quelque chose. Je ne suis pas Superman, et à mon avis personne ne l'est. Dans la vie, on ne peut pas tout avoir au top niveau tout le temps. J'ai vécu des cycles où la partie amour était prédominante, et je me préoccupais un peu moins du reste. Puis ça s'est retourné, les équilibres se sont modifiés. Je pense qu'équilibre, c'est le mot clé. On ne peut pas éviter les cycles, de mon point de vue, il faut les gérer. Le danger, c'est qu'un curseur se déplace trop et occulte les deux autres. Aujourd'hui, j'ai une vie de rêve : j'ai les trois. J'ai créé sur le plan du business, je suis très amoureux, j'ai une famille qui m'entoure, et ce qui m'entoure tout autant, ce sont mes potes, avec qui j'essaie maintenant de passer un maximum de temps. Donc la vie est belle.

Quel conseil pour les entrepreneurs ? (22:37)

François : Merci Stéphane pour ton magnifique parcours. J'espère que tu vas donner envie à nos winners et aux entrepreneurs qui nous écoutent. Tu es un exemple pour nous. Merci de ta présence.

Stéphane : Non, je ne suis pas un exemple, je suis très humble. La seule chose que je puisse dire aux entrepreneurs, c'est que la seule façon d'apprendre à nager, c'est d'aller dans l'eau. Je les invite à y aller, parce que de toute façon, quand on est dans l'eau, la première chose qu'on fait, c'est se mettre en mouvement, et la température de l'eau devient un sujet subalterne.

François : Merci Stéphane.

Stéphane : Merci François.