Podcasts - 28/10/2026
Podcast WinOrWin, épisode 5. François Timour, fondateur de WinOrWin, réseau de clubs d'affaires (club business) pour entrepreneurs, avec plus de 130 clubs et plus de 1 400 membres en France, né à Lyon, reçoit Jordan Terrier, expert-comptable et commissaire aux comptes à Lyon, fondateur du cabinet CABECA Conseil et président du club WinOrWin Lyon 2 Bellecour. Il raconte son parcours, d'élève « juste au-dessus de la moyenne » à expert-comptable grâce à l'alternance, puis répond aux questions que se posent tous les créateurs d'entreprise : micro-entreprise ou réel, SAS ou SARL, holding, salaire ou dividendes.
Jordan Terrier : « 90 % des missions de transformation que je fais, c'est parce qu'au démarrage, on n'a pas créé la bonne structure. »
Jordan Terrier est expert-comptable et commissaire aux comptes à Lyon. Il a fondé CABECA Conseil, un cabinet de quatre personnes qui accompagne des indépendants et des dirigeants de TPE-PME sur la rémunération, la structuration de leur activité et le pilotage. Il est membre de WinOrWin et président du club d'affaires Lyon 2 Bellecour. Il anime aussi, bénévolement, des formations à la création d'entreprise pour France Travail.
Après un bac obtenu sans grande motivation, Jordan Terrier suit un DUT GEA sur les conseils de sa mère, avec un deal simple : avoir 10 de moyenne. Refusé par les trois écoles où il avait candidaté, il se retrouve début août sans formation. Un professeur de son DUT, directeur d'une licence, lui ouvre une place en alternance. L'expérience de saisie comptable est difficile, mais elle le pousse à viser plus haut : il est accepté en master CCA (comptabilité, contrôle, audit), sa moyenne grimpe, et il trouve enfin sa voie.
Pour Jordan Terrier, il faut calibrer dès le départ les quatre composantes d'une création d'entreprise : juridique, comptable, fiscale et sociale. Il compare le choix à celui d'un véhicule : on peut transporter des frigos dans une Ferrari, mais c'est un non-sens. Quatre ou cinq questions suffisent souvent à dessiner un arbre de décision. Sinon, il faudra transformer la société plus tard, ce qui coûte du temps et de l'argent.
En micro-entreprise, on paie ses cotisations sociales sur le chiffre d'affaires (environ un quart en prestation de services) et l'impôt après un abattement forfaitaire, quelles que soient ses vraies charges. Son exemple : quelqu'un qui achète une table 100 € et la revend 100 € n'a rien gagné, mais paie quand même des cotisations sur ces 100 €. Pour la vente de marchandises, la micro est rarement adaptée. Et selon lui, une large majorité des prestataires de services qui démarrent avec peu de chiffre d'affaires et des charges fixes auraient eu intérêt à passer au réel.
Au réel, on peut mettre en place des optimisations impossibles en micro : contrats Madelin (mutuelle, prévoyance), plan d'épargne retraite, chèques vacances, CESU… Selon les chiffres de son cabinet, cela représente en moyenne environ 1 560 € par an. Sa règle : un changement de régime vaut le coup si l'entrepreneur garde 600 à 700 € de plus par an, honoraires du cabinet payés.
Oui, au moins une fois. En une heure, on balaie déjà la plupart des sujets et on élimine certaines structures. Chez CABECA Conseil, ce premier rendez-vous de 45 minutes, préparé en amont, coûte 150 € HT (180 € TTC), déduits si une mission suit. Pour Jordan Terrier, c'est de l'argent bien investi par rapport aux erreurs qu'il évite.
Le statut juridique détermine le statut social du dirigeant. En SAS, le président est assimilé salarié : pour environ 2 000 € net, l'entreprise paie à peu près 3 600 €. En SARL avec un gérant majoritaire, on est travailleur non salarié (TNS) : environ 3 100 €. La protection sociale n'est pas la même, mais même en la complétant auprès d'un assureur pour atteindre le niveau d'un assimilé salarié, le TNS reste environ 14 % moins cher. Pour une activité principale où l'on se rémunère, il recommande donc le plus souvent une structure où l'on est TNS.
Quand le dirigeant a atteint la rémunération dont il a besoin et veut faire travailler le surplus, par exemple dans de l'investissement locatif. Son calcul sur 100 € de bénéfice : sortis à titre personnel, il reste environ 42 € après cotisations et impôt sur le revenu. Laissés dans la société, il reste 75 à 85 € après impôt sur les sociétés, et la capacité d'emprunt est bien plus forte. Attention : l'argent reste dans la société, et il sera taxé le jour où on le sortira. Il faut comparer cet effet de levier aux coûts de la holding.
En SARL ou en EURL, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes et des comptes courants d'associés est soumise aux cotisations sociales. Augmenter le capital, par exemple en apportant les titres de sa société à une holding, permet de relever ce seuil. En SAS, le dirigeant qui se verse un salaire paie davantage de cotisations et des bulletins de paie.
Jordan Terrier a rejoint WinOrWin pour deux raisons : faire du business et échanger avec d'autres dirigeants. Il compare la vie d'entrepreneur à un jeu vidéo : d'autres ont déjà passé les niveaux sur lesquels on bloque. Côté business, une seule mise en relation par un membre de son club lui a ouvert les portes des commissaires de justice : 70 à 80 inspections cette année, environ 160 prévues l'an prochain, soit près de 64 000 € de chiffre d'affaires. Experts-comptables et avocats d'affaires, très complémentaires, s'apportent aussi beaucoup d'affaires.
À lire aussi : le témoignage de Jordan Terrier, membre WinOrWin.
Jordan Terrier est expert-comptable et commissaire aux comptes à Lyon, fondateur du cabinet CABECA Conseil, qui accompagne indépendants et dirigeants de TPE-PME. Il est président du club WinOrWin Lyon 2 Bellecour.
La micro-entreprise est simple, mais les cotisations sont calculées sur le chiffre d'affaires, sans tenir compte des vraies charges. Pour la vente de marchandises ou une activité avec des charges importantes, le réel est souvent plus avantageux. Un rendez-vous avec un expert-comptable avant de se lancer permet de trancher.
En SAS, le dirigeant est assimilé salarié, avec des cotisations plus élevées. En SARL, le gérant majoritaire est travailleur non salarié : selon Jordan Terrier, même avec une protection sociale complétée, il reste environ 14 % moins cher.
Le podcast est animé par François Timour, fondateur de WinOrWin. Il reçoit des entrepreneurs du réseau et des acteurs du territoire. Retrouvez aussi l'épisode 1 avec Christophe Lopez, l'épisode 2 avec Léo&Go, l'épisode 3 avec Stéphane Brunet et l'épisode 4 avec Johanna Benedetti.
WinOrWin est un réseau d'affaires indépendant et français de plus de 130 clubs et plus de 1 400 membres en France, né à Lyon. Ses clubs réunissent des entrepreneurs, artisans, commerçants et professions libérales qui échangent des recommandations d'affaires et s'entraident. Pour découvrir un club, on peut assister à une matinale en tant qu'invité.
Vous créez votre entreprise ou vous voulez développer votre réseau à Lyon ? Découvrez le club WinOrWin le plus proche de chez vous et venez assister à une réunion en tant qu'invité.
Les informations de cet épisode sont générales et ne remplacent pas un conseil personnalisé. Les chiffres et les taux sont cités à titre d'exemple, selon les règles en vigueur au moment de l'enregistrement (octobre 2026).
Transcription légèrement éditée pour la lecture (hésitations et répétitions retirées, quelques passages resserrés).
François Timour : Nous recevons aujourd'hui Jordan Terrier pour un nouvel épisode du « Cœur des winners ». Jordan, je te laisse te présenter. Je sais que tu es expert-comptable, et on a plein de choses à te demander sur ton métier.
Jordan Terrier : Merci beaucoup de me recevoir pour enregistrer ce podcast. Moi, c'est Jordan Terrier. Je suis à Lyon, expert-comptable et commissaire aux comptes. J'ai mon cabinet, et aujourd'hui, on est quatre personnes.
François : Ce qu'on voudrait savoir, c'est qui est Jordan. J'aimerais faire un petit retour en arrière, quand tu étais enfant. Tu avais certainement des rêves. Tu voulais faire quoi quand tu serais grand ?
Jordan : Comme tout le monde, il y a des métiers qui ressortent : pompier, policier… Médecin, pas du tout, parce que personne n'était dans ce milieu autour de moi. Assez vite, à l'adolescence, j'ai été plus intéressé par les métiers libéraux : j'ai fait des stages chez un huissier, un notaire, un avocat. J'étais enfant unique. Je pense que quand on est enfant unique, on est un peu plus le centre du monde, avec un besoin d'attention plus important. J'étais très énergique. Ma mère me rappelait encore, à mon mariage, les dimanches où je me levais à 7 heures, et à 7 h 15, une fois le petit-déjeuner pris, je demandais : « Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? »
François : Tu m'as parlé de sport. Pour moi, le sport est vraiment important, il m'a aidé pour beaucoup de choses. C'est le cas pour toi ?
Jordan : C'est super important. Ça permet de canaliser ses émotions et d'apaiser l'esprit : on est focalisé sur une seule chose, ça vide la tête. Et on rencontre des personnes dans un environnement complètement différent. J'ai surtout fait des sports de combat : du judo, de la boxe française et anglaise, un peu de MMA pendant un an aux États-Unis, du jiu-jitsu brésilien. Treize ou quatorze ans d'arts martiaux en tout. Le seul sport collectif, c'était le basket, et ça n'a pas duré. Dans les arts martiaux, ce sont les valeurs et les personnes qui m'ont plu. Je me sens mieux dans mon corps et dans mon esprit les jours qui suivent. Quand je n'en fais pas pendant un moment, c'est comme une petite boule de neige qui grossit. Il faut la vider, et c'est l'exutoire que j'ai trouvé.
François : Arrivent les études. Raconte-nous comment ça s'est passé.
Jordan : Au moment du bac, je n'étais pas un élève très travailleur. Je ne savais pas ce que je voulais faire, donc je ne voyais pas l'objectif. Mes parents m'ont beaucoup poussé. Une fois le bac obtenu, c'est ma mère qui m'a orienté : « Tu aimes bien les mathématiques, fais un DUT GEA, gestion des entreprises et des administrations. Ça ne ferme pas de portes. » Le deal, c'était qu'elle ne soit plus derrière moi, mais que j'aie 10 de moyenne. Et je me retrouvais effectivement à 10, 10,5, 11. Pendant deux ans, on ne m'a quasiment jamais vu en amphithéâtre ! J'avais une vie personnelle très remplie. En fin de DUT, j'ai candidaté dans trois écoles seulement, des formations très sélectives où neuf personnes sur dix ne rentraient pas. Avec ma moyenne, c'était ambitieux. Ça n'est pas passé. Je me suis retrouvé début août, avec une rentrée en septembre, sans rien. Et c'était entièrement de ma faute.
Jordan : J'ai eu une chance énorme. J'ai contacté un professeur de mon DUT pour lui dire que je voulais continuer mes études en comptabilité. Il m'a répondu : « Je suis directeur de la licence, on développe l'alternance. Les inscriptions sont terminées, mais je peux faire une exception. » On n'était que deux en alternance. Et l'expérience a été horrible. Je faisais ce que faisait un comptable à l'époque : de la saisie toute la journée. Ça ne m'intéressait pas, je n'étais pas bon, il fallait repasser derrière moi pour corriger, et la relation se dégradait. Je me suis demandé : est-ce que je continue en comptabilité ? À un moment, j'ai même hésité à faire complètement autre chose : travailler le bois.
Jordan : J'ai finalement candidaté en master CCA. J'ai appris plus tard qu'il y avait des quotas pour les licences professionnelles, et j'ai eu la chance d'être pris. Là, ma moyenne avait fortement augmenté, vers 14 ou 15, parce que je me suis dit que ça ne pouvait plus durer. Et c'est en master CCA que j'ai trouvé ma voie. Je ne savais même pas que c'était possible de venir de notre licence. Si j'avais posé la question avant, on m'aurait peut-être mis une barrière, et je ne l'aurais jamais fait.
François : En parlant de barrières, tu as vu tout ce qui se passe en ce moment avec les jeunes ? Qu'est-ce que tu en penses ?
Jordan : C'est difficile à dire. Je comprends que les moyens mis à disposition des écoles et des universités ne sont pas suffisants : on voit des classes surchargées. Avec Parcoursup, c'est terrible : des jeunes qui ont une super moyenne ne sont pas pris, sont en liste d'attente, et doivent faire des choix en quelques minutes alors que c'est une orientation de vie. Ça ressemble un peu à la médecine, où tout le monde passe le même concours. Il y a beaucoup de stress pour les étudiants. Et je pense que c'est surtout la façon dont le budget est utilisé : il y a des salles de classe où il manque des tables, des professeurs qu'on ne remplace pas.
François : Maintenant, tu es à ton compte, tout se passe bien. J'aimerais que tu fasses un constat. Après le Covid, il y a eu plus de 2,5 millions de nouveaux entrepreneurs. En 2026, c'est quoi le constat pour toi ?
Jordan : Avec le Covid, il y a eu deux choses. Pour les entreprises existantes, il y a eu énormément de prêts, et c'est arrivé si vite qu'il n'y a pas pu y avoir de sélection : le « quoi qu'il en coûte » a mis des entreprises sous perfusion. Certaines n'auraient pas coulé sans la crise, d'autres allaient couler de toute façon, et on a juste décalé la date. Et il y a eu les créations : le Covid a changé les modes de travail, et beaucoup ont fait une vraie introspection : est-ce que je suis heureux dans ce que je fais ? Est-ce que je peux apporter plus de valeur ? Beaucoup se sont lancés ensuite. Normalement, pour un expert-comptable, quand le contexte économique est bon, on a du travail, et quand il est mauvais aussi. Mais là, en dix ans de métier, je n'ai jamais vu ça : c'est l'incertitude.
Jordan : Ce que je trouve fou, c'est qu'un créateur d'entreprise est moins bien aidé qu'un demandeur d'emploi. Les deux sont au chômage, et ceux qui lancent leur boîte essaient de créer de la valeur. Pour moi, il ne devrait pas y avoir de différence de traitement. Et aujourd'hui, France Travail commence à resserrer. Avec l'incertitude politique, on ne sait pas ce qui va être voté, et les créateurs se disent : sans aide, on est tout de suite au pied du mur. J'anime, à titre bénévole, des formations à la création d'entreprise pour France Travail. Ce sont des porteurs de projet sur le point de se lancer, et l'idée est de calibrer les quatre grandes composantes de la création : le juridique, le comptable, le fiscal et le social.
Jordan : C'est super important de calibrer dès le départ. C'est le seul choix vraiment structurant. Mon exemple : on peut choisir entre un camion de transport et une Ferrari. Celui qui transporte des frigos en Ferrari, c'est un non-sens. Et celui qui veut faire de la vitesse avec un camion, ça ne va pas être terrible. Il y a des grandes tendances, quatre ou cinq questions à poser, et avec les réponses, on fait un arbre de décision. J'ai aussi une casquette de commissaire aux comptes : commissaire aux apports, commissaire à la transformation. Ça arrive quand on crée une holding ou à l'approche de la retraite, pour la cession. Et honnêtement, 90 % des missions de transformation que je fais, c'est parce qu'au démarrage, on n'a pas créé la bonne structure. Il faut savoir à l'avance qu'au-delà d'un certain chiffre d'affaires ou d'un certain niveau de rémunération, on aura un sujet de TVA ou de changement de régime.
François : Auto-entrepreneur ou SAS, souvent, les gens créent en auto-entrepreneur.
Jordan : C'est ce qu'on appelle la micro-entreprise. On paie tout en fonction de son chiffre d'affaires : en prestation de services, environ 25 % de cotisations sociales, et pour l'impôt sur le revenu, on applique un abattement au chiffre d'affaires. Tous les mois, on déclare son chiffre d'affaires, c'est très simple. Le piège, ce sont les vraies charges. Quelqu'un qui achète une table 100 € et la revend 100 € n'a pas gagné un centime. Mais comme tout est calculé sur le chiffre d'affaires, il paie quand même ses cotisations sur 100 €. L'abattement considère forfaitairement une partie de vos charges, mais si vos charges réelles sont plus élevées, vous êtes perdant.
François : Autre exemple : je suis salarié et, à côté, je monte ma micro-entreprise. C'est quoi le piège ? Avec un salaire correct, tout se cumule dans la déclaration.
Jordan : Ça peut coûter très cher. Il faut se demander si on a besoin d'un complément de rémunération. Si oui, la micro peut convenir, à condition de choisir entre micro et réel en fonction de son niveau de charges. Si non, et qu'on veut surtout capitaliser pour lancer sa société plus tard, il vaut mieux une société qui ne verse pas de rémunération : on paie beaucoup moins d'impôts et aucune cotisation sociale, ce qui permet d'accumuler de la trésorerie et de faciliter le lancement.
Jordan : Quand nos clients passent au réel, avec tout ce qu'on peut mettre en place (mutuelle Madelin, prévoyance Madelin, plan d'épargne retraite, chèques vacances, CESU…), ils gagnent en moyenne environ 1 560 € par rapport au choix de la micro. Il y a plein de personnes qui se lancent en micro, et ce n'est pas une mauvaise chose, mais il faut le faire avec les bonnes clés : est-ce rentable, et est-ce plus simple administrativement ? Dans les formations France Travail, ceux qui vendent des marchandises ne sont quasiment jamais en micro, parce qu'il faudrait des marges énormes. En prestation de services, ça dépend, mais pour moi, environ 80 % des prestataires en micro auraient mieux fait d'être au réel : au démarrage, avec un petit chiffre d'affaires et des charges fixes (ordinateur, logiciels, déplacements), les charges pèsent lourd. Souvent, ceux qui n'ont pas consulté d'expert-comptable viennent nous voir en disant : « Je me suis fait massacrer en cotisations sociales. »
François : On a une idée d'entreprise. Quels sont les pièges à éviter ?
Jordan : Je pense qu'il faut au moins faire une consultation avec un expert-comptable, pour avoir des orientations et des clés. La réglementation est très compliquée, chaque situation est spécifique, et en une heure, on balaie énormément de sujets, on élimine certaines structures.
François : Mais un entrepreneur qui démarre a peur que ça coûte cher.
Jordan : Chez moi, c'est 45 minutes avec une préparation en amont, pour 150 € HT, soit 180 € TTC, déduits si on fait une mission ensemble. Pour moi, ces 180 € valent de l'or. Une fois ce travail fait, les entrepreneurs sont sur des rails. Parfois, je dis à quelqu'un qui préfère rester en micro : si vous économisez 300 € par an, ce n'est peut-être pas rentable de changer de régime et d'avoir plus d'administratif. À partir de 600 ou 700 € de plus par an, honoraires du cabinet payés, ça vaut le coup.
François : L'autre question, c'est la SAS. Quel est ton point de vue ?
Jordan : C'est généraliste, mais ça s'applique à énormément de cas. Quand l'entreprise est l'activité principale et qu'on doit s'y rémunérer, il faut se rémunérer dans une structure où l'on a le statut de travailleur non salarié. Il existe deux statuts sociaux, définis par le statut juridique initial. Assimilé salarié, c'est comme un salarié, sans contrat de travail et sans cotiser au chômage, avec un niveau de cotisations élevé. Pour une rémunération d'environ 2 000 € net, ça coûte à l'entreprise à peu près 3 600 €. Travailleur non salarié, ça coûte de base autour de 3 100 €. Les gens disent : c'est 500 € par mois d'écart, c'est énorme. Mais on ne compare pas les mêmes niveaux de protection sociale. Quand on complète la protection d'un TNS auprès d'un assureur pour avoir l'équivalent d'un assimilé salarié, on arrive autour de 3 200 à 3 250 € contre 3 600 € : l'économie est quand même de 14 %. D'où l'importance du choix de départ. J'interviens souvent comme commissaire à la transformation pour des clients qui paient 400 € de plus par mois, chaque année. On paie une fois la transformation, peut-être 1 500 €, mais on économise ensuite chaque année. Autre cas : une personne en entreprise individuelle qui veut créer une société sans se rémunérer. En SARL avec un gérant majoritaire, on paie un minimum de cotisations même sans rémunération. En SAS, pas de bulletin de paie, pas de cotisations.
François : À quel moment crée-t-on une holding ?
Jordan : Le critère principal, c'est l'objectif de la personne. La holding, c'est un outil patrimonial pour créer de la valeur, et on ne crée pas de valeur à partir de zéro : il faut de l'argent qu'on peut laisser sans le sortir. À partir du moment où le dirigeant a sa rémunération idéale et se dit que sortir plus d'argent ne lui sert à rien, qu'il préfère capitaliser ou faire de l'investissement locatif, il faut comparer les coûts de la holding (avocat, expert-comptable, fonctionnement) avec l'effet de levier. Mon exemple : sur 100 € sortis à titre personnel, environ 40 € partent en cotisations sociales, puis l'impôt sur le revenu, à 30 % sur les 60 restants, en prend 18. Il reste 42 €. Avec une capacité d'endettement d'environ 33 %, ça fait à peu près 14 € de mensualité possible. Laissés dans la société, ces 100 € ne subissent que l'impôt sur les sociétés, entre 15 et 25 % : il reste 75 à 85 €, et la capacité d'autofinancement est bien plus forte. Mais attention : l'argent est resté dans la société. Si, dans dix ans, on veut tout sortir, on repasse par la case impôt.
François : Des entrepreneurs ont le choix entre se verser un salaire ou très peu de salaire et des dividendes. Ton point de vue ?
Jordan : Si on se rémunère dans une seule société, pour moi, il faut être travailleur non salarié. En SAS, on paie environ 14 % de cotisations en plus, et il faut des bulletins de paie, que le cabinet facture. Pour les dividendes, en EURL ou en SARL, il y a un piège : la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes et des comptes courants d'associés est soumise aux cotisations sociales. Avec 1 000 € de capital, ce seuil est vite atteint. L'une des solutions, c'est un capital important, par exemple en créant une holding par apport des titres de sa société, qui a une certaine valeur : on peut vite atteindre 200 000 ou 250 000 €. On peut alors se verser un salaire jusqu'à la fin de la tranche d'impôt à 30 %, sans passer dans celle à 41 %, et prendre des dividendes au-delà.
François : Tu peux nous raconter une anecdote sur des personnes qui restaient bloquées sur leurs idées alors que tu savais qu'elles allaient dans le mur ?
Jordan : Ça arrive. Au cabinet, l'idée n'est jamais d'imposer : on présente les solutions, les avantages et les inconvénients. Je dis ce qui me paraît le plus intéressant, mais ce sont les clients qui choisissent. Très récemment, un futur client voulait mettre dans une société une grande maison avec une activité, qui est aussi sa résidence principale. Le problème : quand on revend sa résidence principale à titre personnel, on ne paie pas d'impôt sur la plus-value. Dans une société, ce n'est pas du tout le même régime, et on perd cette exonération.
François : Est-ce que tu es un homme heureux dans ta vie ?
Jordan : Oui, j'adore mon métier. Contrairement à ce qu'on peut penser, la diversité des clients et des sujets est monstrueuse : tous les jours, on fait des choses différentes, il y a tellement de lois et de règles. Et côté chef d'entreprise, comme tout dirigeant, il y a plein de choses qu'on ne sait pas faire. À une époque, seul, j'étais arrivé à mon maximum de clients. Je me suis demandé si je restais seul ou si je recrutais. Aujourd'hui, mon objectif, c'est plutôt de voir à combien je peux descendre en jours travaillés, quatre jours, trois jours et demi, pour la rémunération que je souhaite.
François : Est-ce qu'un expert-comptable gagne bien sa vie ?
Jordan : Oui, je pense, que ce soit seul ou avec des collaborateurs. On n'est pas sur les revenus de certaines professions, mais on est privilégiés par le business model : c'est de la mission récurrente, tous les mois (bulletins de paie, déclarations fiscales, bilans), crise ou pas crise. La complexité fait que les gens se reposent sur nous, et on les accompagne.
François : Qu'est-ce qui t'a poussé à rejoindre WinOrWin, et qu'est-ce que le réseau t'apporte ?
Jordan : Je l'ai rejoint pour deux choses : faire du business, et échanger avec d'autres dirigeants d'entreprises de toutes tailles, solo ou avec 5, 10, 15 salariés. Être chef d'entreprise, c'est avoir énormément de casquettes. Je vois ça comme un jeu vidéo : il y a des niveaux dans la vie d'un entrepreneur. Certains ont passé des niveaux que je n'ai pas encore passés, et inversement. Pouvoir leur dire « je me casse les dents sur la marche numéro 4 » et entendre « fais ça », ça enlève une épine énorme. Côté business, notre club est très orienté professions libérales, et ça fonctionne très bien entre experts-comptables, commissaires de justice et notaires. Les commissaires de justice manient l'argent d'autrui, notamment pour le recouvrement, donc ils sont contrôlés chaque année, et nous faisons ces inspections. Quand j'avais appelé la chambre de moi-même, on m'avait reçu froidement : c'est un milieu très fermé. Grâce à un membre du club qui m'a donné un contact, j'ai été reçu à bras ouverts. Cette année, j'ai dû faire 70 à 80 inspections, et l'an prochain, on repart pour environ 160. La chambre m'a même remercié pour le travail fait. Une seule mise en relation, c'est près de 64 000 € de chiffre d'affaires, sur plusieurs années.
Jordan : C'est pareil avec les avocats d'affaires : on s'apporte beaucoup d'affaires mutuellement, parce que le choix juridique initial est très important. On est vraiment complémentaires. Et dans notre club, on a tout remis à plat : les postes ont changé, les présidents aussi, et on veut le réorienter encore plus vers le business. Pour recommander, je cherche d'abord des personnes avec qui je m'entends bien. Sur les compétences, la seule façon de savoir, c'est de tester ou de recommander, et de voir comment ça se passe.
François : Merci Jordan. C'était très intéressant, très enrichissant. On recevra très bientôt d'autres spécialistes et d'autres métiers.
Jordan : Merci beaucoup.